Dom Joseph Pothier, Restaurateur du Chant
grégorien
Dom Joseph Pothier, O.S.B (1835-1923) est un prélat et liturgiste français, réformateur du chant grégorien.
Prêtre du diocèse de Saint-Dié
(1858), « que son
évêque avait laissé partir à regret »,
et moine bénédictin de l'abbaye de Solesmes (1859), d’abord
professeur de théologie et sous-prieur (1862-1863 et 1866-1893) de
Saint-Pierre de Solesmes avant d’être sollicité et obtenu comme
prieur claustral (1893-1895) de l'abbaye Saint-Martin de Ligugé (« l'illustre restaurateur du chant grégorien, Dom Joseph Pothier,
était Sous-Prieur lorsque mourut Dom Couturier ; son successeur le
maintint en charge. Mais, à la fin de mars, l'Abbé de
Ligugé et un groupe de ses moines demandèrent, par
pétition écrite, de l'obtenir comme Prieur »), il est ensuite
envoyé par l’abbaye de Ligugé comme prieur simple (1895) et
supérieur (1895-1898) de l’ancienne abbaye normande
Saint-Wandrille de Fontenelle qu’il relève avant d’en
être nommé abbé le 22 juillet 1898.
Installé sur le siège abbatial le
surlendemain (24 juillet 1898), il est le 76ème abbé de
Saint-Wandrille (« reconstitué
en abbaye sous l'influence de la Congrégation bénédictine
de Solesmes, qui lui a donné pour premier abbé l'un de ses moines
les plus distingués, dom Joseph Pothier, d'origine lorraine, né
dans le diocèse de Saint-Dié », « un de leurs plus illustres abbés, restaurateur
du chant grégorien »), son 1er
abbé depuis la fermeture de l'abbaye au début de la
Révolution française et son 1er abbé
régulier depuis le XVIe siècle, recevant la
bénédiction abbatiale conférée solennellement selon
le rite du pontifical le 29 septembre 1898 en l'abbaye de Saint-Wandrille par
S. Em. le cardinal Sourrieu, archevêque de Rouen et primat de Normandie,
délégué du Saint-Siège, assisté du Rme dom
Delatte, abbé bénédictin de Solesmes et Supérieur
général de la Congrégation de France, et du Rme dom
Bourigaud, abbé bénédictin de Ligugé (abbés
assistants), en présence du Rme dom Gauthey, abbé bénédictin de
Sainte-Marie-Madeleine de Marseille, du Rme dom Guépin,
abbé bénédictin de San Domingo de Silos (Espagne), et du Rme dom du
Coëtlosquet, abbé bénédictin de Saint-Maur de
Glanfeuil ; « un moine
illustre, Dom Joseph Pothier, digne héritier des grands érudits
du Moyen âge et du XVIIIe siècle, tenait la crosse
abbatiale ».
« C'était un bon vieillard au calme olympien, d'aspect un peu
fruste. Ce vosgien solide, dès son ordination, avait abandonné
son diocèse natal pour se ranger, à Solesmes, sous la crosse de
dom Guéranger. Dom Besse, comme En Route l'indique, avait entretenu
Huysmans du labeur prodigieux de cet érudit de grande classe qui,
après de patientes recherches dans les bibliothèques de France,
de Suisse et d'Allemagne, était parvenu à retrouver les vraies
Mélodies grégoriennes, telles qu'elles existèrent au Moyen
âge » : « Son travail fut capital pour la
restauration du chant grégorien. Il donna, le premier, une transcription
mélodique exacte des neumes et précisa l'accentuation de la
phrase en fonction du mot latin ».
C’est à Solesmes que le Rme
dom Pothier avait débuté la réforme du chant
grégorien : le « savant
restaurateur des mélodies grégoriennes » fut d’abord
un disciple (« dont la
renommée devait faire disparaître temporairement le souvenir de
son maître ») et collaborateur de dom Guéranger (« son élève et successeur, Dom Joseph Pothier, vrai
musicien et grand médiéviste, entreprit le répertoire
photographique, synoptique et commenté de tous les manuscrits du
plain-chant »), premier abbé de Solesmes qui était
lui-même un grand admirateur de dom de Jumilhac (« le dom Pothier du XIIIème
siècle »).
« Dom
Guéranger n'avait pas la science des manuscrits et des détails ;
il n'eut jamais la prétention d'approfondir la question du chant
grégorien, mais c'est lui qui a inspiré Dom Pothier et
commencé la réforme par celle du chœur de Solesmes » ; il impulsa en son
monastère des recherches de grande envergure sur les manuscrits de chant,
chargeant dom Pothier (« on raconte
qu'un jour, à la bibliothèque de Solesmes, Dom Guéranger
surprit le frère Pothier captivé par la lecture d'un livre sur le
chant »), l'un des principaux acteurs ayant contribué
à la renaissance et à la restauration du plain-chant, de copier
les manuscrits les plus intéressants au point de vue musical : « Dom Pothier mena ensuite un travail
important » - « Le
R. P. Dom Joseph Pothier nous permettra-t-il de le citer en tête des fils
de Dom Guéranger, qui continuent avec le plus d'autorité
l'œuvre du Grand Abbé? Par ses Mélodies
Grégoriennes, publiées
l'année dernière, D. Pothier veut nous faire revenir au
véritable chant grégorien comme Dom Guéranger nous a
ramenés à la liturgie romaine » - et « ses études des manuscrits de chant
grégorien eurent un retentissement dans toute l'Église et mirent
en branle un mouvement de renouveau du chant sacré qui recevra l'appui
résolu de Pie X au début du XXe siècle ».
Eminent musicologue, « le célèbre dom Joseph Pothier »
(« l'ouvrier infatigable d'une
autre réforme non moins nécessaire, celle de l'unité de
chant »), « un
prélat qui avait, dans l'Eglise de Dieu, conquis les titres de grande
naturalisation, par la restauration du chant grégorien à qui son
nom demeure attaché (dom Delatte) », a ainsi effectué
de nombreuses et importantes recherches sur les neumes - « "Dom Pothier fit preuve, et du premier
coup, d'une sûreté extraordinaire dans sa traduction des vieux
manuscrits". Quand ses travaux furent connus, on n'hésita pas
à lui décerner le titre de "Champollion des neumes"
! » - au cours de vingt ans d'études et de voyages dans
plusieurs pays (1860-1880) ; « le nouveau Maître qui vient de se révéler au monde
savant, semble sortir immédiatement de l'école même de
saint Grégoire, tant il se montre en possession absolue des
éléments qu'il s'agissait de faire revivre dans toute leur
beauté native, tant se développe limpide, lumineuse,
indiscutable, la méthode d'exécution qu'il a reconquise avec non
moins de génie et de bonheur » (« Dom Joseph Pothier se mit à l'œuvre
avec une généreuse ardeur, lisait les œuvres théoriques
anciennes et modernes, suivait les discussions des musicologues ; il
étudiait les manuscrits, traduisait les neumes, prenait des notes,
copiait des Graduels entiers. De très bonne heure, il avait reconnu
l'incomparable valeur des manuscrits sangalliens, et en 1866 il collationnait
L'Antiphonaire 359 de Saint-Gall, qui servit de base, avec les autres
manuscrits du même monastère, aux travaux de reconstitution »).
Spécialiste de renommée
internationale (« universellement
connu comme grégorianiste ») de la musique sacrée et du chant de l’Eglise (« le renouveau la musique liturgique défendu par des avocats renommés
comme dom Joseph Pothier », conférencier reconnu et
autorité en la matière (« Moine dans toute l'acception du terme,
père d'une inaltérable bonté, il fut encore un
érudit de premier ordre et un plain-chantiste éminent. En 1880,
il s'était déjà fait connaître par son important
ouvrage sur Les mélodies
grégoriennes d'après la tradition, et le grand pontife
réformateur Pie X devait trouver en lui l'un de ses plus précieux
collaborateurs ») - « le
Pape lui écrit de sa main une lettre où il ne cache pas la grande
part qu'a le savant abbé dans la restauration du chant traditionnel de
l'Eglise » - et auteur
d'une multitude d'articles et essais sur le « pur chant grégorien », « Dom Pothier devint universellement
célèbre lors de l'apparition, en 1880, de son admirable ouvrage Les
Mélodies Grégoriennes. Pour
la première fois, l'esthétique du chant grégorien
était exposée avec clarté et les grandes lignes du rythme
qui lui est propre, déterminées avec le goût, la science et
le sentiment les plus sûrs. Mais, les plus beaux travaux
théoriques auraient eu peu de portée sans la publication des
textes musicaux ; alors se succédèrent sous la direction du
savant religieux ces célèbres « Éditions de Solesmes
», appelées à se répandre si rapidement dans le
monde entier » - « l'ouvrage qui débrouille, qui fit
cette renaissance est de mon compatriote dom Pothier, les Mélodies
grégoriennes, chez Desclée. Il vit encore à Rome. Ce jeune
homme de Saint-Dié alla à Solesmes » (Maurice
Barrès).
En écho à ces « lumineux enseignements si magistralement
exposés par Dom Pothier dans ses Mélodies grégoriennes » :
« Nous acceptons volontiers et
avec plaisir le travail que vous avez publié sur la musique en raison de
ses propres mérites. Nous savons en effet, Cher Fils, avec quelle
intelligence vous vous êtes appliqué à interpréter
et à expliquer les antiques monuments de la musique sacrée, et
comment vous avez mis tout votre zèle à montrer à ceux qui
cultivent cet art la nature même et la forme exacte de ces anciens
chants, tels qu'ils ont été autrefois composés, et tels
que vos pères les ont avec grand soin conservés. Nous pensons,
Cher Fils, qu'il faut en cela louer non seulement vos efforts à
poursuivre une œuvre pleine de difficultés et de labeur, qui vous a
demandé plusieurs années d'un travail assidu, mais aussi l'amour
dont vous vous êtes montré particulièrement animé
envers l'Église romaine qui a jugé digne de tenir toujours en
grand honneur ce genre de mélodies sacrées que recommande le nom
de saint Grégoire le Grand. C'est pourquoi Nous désirons vivement
que Nos lettres vous soient un témoignage de Notre recommandation pour
les remarquables études que vous avez consacrées à
l'histoire, à la discipline, à la beauté du chant
sacré » (Léon XIII).
« L’illustre
abbé de Saint-Wandrille » fut également le
compositeur de nombreuses œuvres en style grégorien (Officium Defunctorum, 1887) et a dirigé
la publication de plusieurs éditions de la chanson religieuse (Recueil d'hymnes, Office de Noël, Antifonario,
Cantus mariales). Il fut en outre le
directeur de la Revue du Chant
Grégorien (1892-1914) et son Liber
Gradualis servit de base au Graduel
Vatican (œuvre de « la
distinguée Commission vaticane et de son savant président, Dom
Joseph Pothier ») qui parut, sous sa direction, en 1908 -
année qui voit « le
couronnement de ses efforts » :
« sa bataille pour la
restauration du chant grégorien suscita des résistances
acharnées et des inimitiés inexpiables au sein de l'appareil
ecclésiastique. La victoire totale et définitive surviendra en
1903, avec l'avènement de Pie X »).
« Le Liber
Gradualis parut en 1883, le Directorium
Chori en 1884, l'Antiphonaire en 1891 ; aussitôt, l'émoi fut
grand chez les musiciens : chacun voulut courir à cette source
intarissable de pure mélodie : après Liszt, Saint-Saëns,
Widor, Alex. Guilmant, Gigout, qui à maintes reprises
s'étaient, dans leur œuvre symphonique ou vocale, si heureusement
inspirés de motifs tirés de l'antique plain-chant, voici Gabriel
Fauré, Vincent d'Indy, Claude Debussy, Maurice Ravel, qui se plurent
à rechercher dans l'art grégorien le secret enchanté de la
souplesse rythmique, de l'élasticité légère de
l'accent, et de l'émancipation de l'harmonie. Le vieil arbre
grégorien refleurissait, un parfum nouveau embaumait la musique
française, les artistes étrangers observaient curieusement ce
printemps délicieux... et tout cela était dû au patient
labeur d'un humble fils de Saint Benoît ».
« Le riche manteau, tout damassé d'admirables cantilènes,
que saint Grégoire vit un jour sur les épaules d'une muse divine,
repose aujourd'hui sur les vôtres. En effet, si l'illustre pontife
revenait parmi nous, où pourrait-il trouver ailleurs que dans votre œuvre
les saintes mélodies que vous avez si heureusement rétablies
d'après la plus tradition grégorienne ? » (Mgr
Foucault, évêque de Saint-Dié)
Exilé en Belgique avec sa communauté
dès 1901 à la suite de la loi Waldeck Rousseau sur les Associations
et contre les congrégations religieuses (« sa féconde carrière devait
rencontrer bien des épreuves - On
dut déménager hâtivement et se réfugier sur le sol
de l'hospitalière Belgique »), le Rme dom
Pothier devient en effet membre de la Curie pontificale en 1904 comme
consulteur puis président de la Commission
pontificale pour la musique et le chant sacré et est nommé
par le pape Pie X président de la Commission
pontificale pour l'édition vaticane des livres liturgiques
grégoriens la même année (25 avril 1904) - « en tête de ces savants on trouvait
naturellement les Bénédictins, avec l'illustre dom Pothier ».
A ce titre, il réside à Rome de 1904 à 1913 (sa
dernière audience avec le souverain pontife ayant lieu le 23
décembre 1912).
« C'est
la gloire de Dom Pothier et de
l'école de Solesmes que d'avoir ressuscité ces antiques
cantilènes qui sont la vraie musique de l'église, la seule en
somme, car tous les musiciens les plus forts, depuis Palestrina jusqu'aux maîtres
de nos jours, ne sont jamais parvenus, lorsqu'ils ont voulu traduire les proses
liturgiques, à égaler la valeur de certains de nos Kyrie du Pater
et des Vêpres, voire même de nos Credo ».
Philologue (« il est le maître musical du chœur
bénédictin » et « a fait de Solesmes l'école normale
du plain-chant », J. Combarieu),
président d'honneur de la Société de l'histoire de
Normandie, abbé fondateur (1912) de la future abbaye de Saint
Benoît du Lac (Québec) au Canada (« C’est à lui, sans aucun
doute, que l'abbaye de Fontenelle est redevable de sa solide formation
première ; en tant qu'abbé de Saint-Wandrille, il faut le voir
comme le père de la fondation de Saint-Benoît-du-Lac »), nommé chanoine d’honneur de la
cathédrale de Saint-Dié en décembre 1898 après
avoir décliné une précédente nomination (« L'évêque de ce
diocèse, Mgr Foucault, voulut le nommer chanoine honoraire, alors
qu'il était simple religieux. Dom Pothier refusa, n'étant pas
autorisé, et ne pouvant pas l'être »),
« le Révérendissime
abbé de Saint-Wandrille, le vénéré Dom J. Pothier
» est présent en 1901 comme prélat à
l’ordination épiscopale de Mgr Canappe,
préconisé évêque de Basse-Terre (Guadeloupe), en la
cathédrale de Rouen, et assiste à la consécration des
quatorze évêques français sacrés par le pape Pie X
le 25 février 1906 en la basilique Saint Pierre de Rome (« Bellaigue
se trouvait à Rome au moment de la consécration par Pie X,
à Saint-Pierre, de quatorze évêques français. Il
venait d'être guidé en bonne place par le majordome Mgr Bisleti [Maggiodomo di Sua Santita
- futur cardinal], tandis que
Dom Pothier, bonnement, avec la modestie qui le caractérisait, se
trouvait mêlé au « parterre » des assistants : "J'ai vu le brave Dom Pothier dans la foule et je l'ai
fait venir à ma place avec une juste humilité... Près de
moi la princesse Rospigliosi et à côté d'elle les deux
sœurs du Pape, avec leur grosse mantille, leur robe d'ouvrières et leurs
mains laborieuses. Le Saint Père a donné à chacun sa croix
pastorale et n'a pas voulu que l'enregistrement des bulles coûtât
un sou à ses
évêques de France. Puis les évêques sont partis en
procession, toujours suivis par le long regard du Saint Père. A son tour
il s'est levé, s'est arrêté en passant près de Dom
Pothier et de moi, a donné une tape à l'un, à l'autre un
sourire qui a fort intrigué nos voisins. Le soleil inondait
Saint-Pierre, le Te Deum était déchaîné. Le Saint
Père officie avec une dignité, un sérieux sans pareil. Il
prie, il prie sans un moment de lassitude, absent même du
cérémonial, enfoncé dans sa méditation. Et
ça été charmant quand il est passé près de
nous, de voir cette détente soudaine de son visage et cette
échappée de cordialité familière... Pie X, qui
connaissait et appréciait Dom Pothier depuis de longues années,
après l'avoir connu et entendu au Séminaire français, bien
avant d'être pape, témoignait en toutes circonstances son
affection au bon et savant Père Abbé. Quand il le reconnaissait
dans un groupe, au cours d'une audience collective, il avait toujours pour lui
un sourire aimable et un petit mot délicat" »).
« Erudit,
homme versé entre tous dans la
science de la liturgie et à
juste titre célèbre dans la discipline du chant grégorien
(Pie X) », « l'illustre
et modeste maître à qui, comme l'a déclaré Pie
X, mieux que personne "la cause du chant grégorien est
grandement redevable" » à qui « doit aller
la reconnaissance de tous les amis du chant de l'Église »
en raison de son « travail
extraordinaire dans cette cause » (Pie X) et que le pape
« félicite, une fois
encore, pour le fruit de ces travaux », célèbre,
le 18 décembre 1908 au collège bénédictin
Saint-Anselme de Rome, ses cinquante ans de sacerdoce (« (…) surtout l'atmosphère de chaude et
respectueuse sympathie qui entourait le vénérable abbé de
St Wandrille. Il célébra lui-même
pontificalement Messe et Vêpres, assisté par des religieux
appartenant aux divers monastères de la Congrégation de Solesmes
: Quand je le vis — raconte un spectateur, dans la Semaine de Rome,
— quand je le vis entouré de ses confrères à
l'autel, quand j'entendis les voix males et souples des moines de St Anselme
moduler les chants liturgiques, il me sembla que l'Ordre de St Benoît
tout entier, mieux encore, que la Liturgie sacrée elle-même
rendait un hommage public au restaurateur de la prière chantée.
J'eus cette impression très vive pendant le Magnificat solennel des
Vêpres ; ce fut au point — il me pardonnera, le Confesseur
Bénédictin dont on faisait la fête — que lorsque le
chœur reprit l'Antienne, je songeai moins au Saint qu'au
célébrant qui était là, sur son faldistoire, mitre
en tête, dans toute la majesté du Pontife : "Similabo eum
viro sapienti qui aedificavit domum suam supra petram". La solidité
et la beauté de l'oeuvre de Dom Pothier, la restauration du chant
sacré couronnée par l'édition vaticane, ont
été célébrées de bien des manières.
Les discours de l'Abbé-primat de l'Ordre Bénédictin et de
Mgr Janssens ont eu leurs échos de prose et de
vers, et en toutes les langues, aux alentours de la journée de
fête. Poésies de tout genre et de tous styles, sur les
mètres classiques ou les rythmes du moyen âge, adresses latines ou
françaises, parchemins enluminés, chants grégoriens,
chœurs latins et autres, musique d'orchestre, rien ne manqua au
"concert" - au propre et au figuré - offert au grand
maître du chant sacré »).
« Le docte
et modeste Abbé de St Wandrille »,
« l'une des gloires de la
science française, un homme qui avait refusé le cardinalat,
refusé l'Académie des inscriptions et belles-lettres
(Institut de France), nul autre que le
Père Dom Joseph Pothier, le restaurateur des mélodies
grégoriennes (dom L. David) », avait également
décliné le privilège personnel de la cappa magna que le pape
Pie X « dont
l'amitié et le soutien ne lui feront jamais défaut »
(dom Gontard, abbé de Saint-Wandrille) - « et tout d'abord jamais Pie X ne permit
à Dom Pothier, arrivant près de lui, de se baisser pour lui
baiser la « mule », selon le protocole, mais il le relevait
vivement en lui prenant la main » - dom David) - avait souhaité lui concéder : « illustre
bénédictin » « dont les écrits sont devenus une autorité de premier
ordre pour tout ce qui regarde le chant grégorien »,
« vaillant et vénéré maitre de chant
grégorien (Cardinal Merry del Val, Secrétaire d'Etat du
Saint-Siège) », « dont les grands mérites sont
bien connus de Nous (Pie X) » et à qui, « comme augure des faveurs célestes et
gage de notre amour paternel, Nous (Léon III) accordons Notre bénédiction apostolique »,
« Nous (Pie X) accordons notre plus aimante
bénédiction apostolique
» « comme un signe de la
récompense céleste » et « le plus tendrement »,
à qui également « comme
gage des biens célestes et en témoignage de Notre toute particulière bienveillance,
Nous (Benoît XV) accordons de
tout cœur la bénédiction apostolique » pour
« la part prépondérante et décisive que le
vénérable » chercheur « eut dans les
travaux qui rendirent à l'Eglise l'antique mélodie de saint
Grégoire (dom Mocquereau) », « Dom Pothier a rétabli la ligne mélodique et rythmique du
chant authentique de la sainte Eglise ».
« Tous
les érudits savent combien vous avez excellemment mérité
de la sainte Liturgie par vos nombreuses et doctes publications. Elles ont
hautement illustré votre nom dans l'univers. Vous vous êtes en
effet appliqué à de longues, intelligentes et minutieuses
recherches, dans les bibliothèques de l'Europe, sur les anciens
monuments de la musique sacrée. Vous vouliez, avec vos collaborateurs,
non seulement ramener les mélodies grégoriennes, comme on les
appelle, à leur primitive pureté, mais encore les faire
exécuter par le peuple avec goût et piété. Tous ces
services que vous avez rendus à l'Église Nous engagent à
vous offrir Nos félicitations ; Nous Nous joignons à vous
afin de rendre de justes actions de grâces à Dieu qui vous a
donné de pouvoir, durant de si longues années, grandement
contribuer au développement de la piété chrétienne,
par la suavité des chants sacrés, et au progrès de la
discipline religieuse dans votre communauté par votre propre exemple »
(Benoît XV).
« Savant
et modeste moine devenu par la seule force de sa bonté, de sa
simplicité et de son grand savoir abbé du monastère qu'il
a fondé et que tout musicien religieux doit vénérer comme
un père, car nous pouvons dire qu'il nous a donné à tous
non le jour mais la LUMIERE, j'ai nommé le Rme P. Dom Pothier, que je suis honoré de voir au
milieu de nous, à notre tête plutôt, où sa
place doit être et où le porte sa haute science, et nous pouvons
le dire aussi, son intuition vraiment miraculeuse dans les
ténèbres qui nous entouraient il y a quelques années
encore, en matière de plain-chant », « historien des
mélodies grégoriennes » « dont le nom est
connu de tout l'univers catholique pour ses études sur le chant
grégorien » et à qui « revient le
mérite d'avoir remis au jour les mélodies grégoriennes
primitives », « le savant
bénédictin, qui est l'homme le plus versé dans les questions relatives au chant
grégorien » et « dont l'autorité en ces
matières était reconnue de tous, même de ses adversaires,
depuis le Congrès d'Arezzo », paléographe
réputé et « maître en archéologie
grégorienne » (« Dom Pothier était non seulement un archéologue
avisé, mais surtout, dans toute l'acception du mot, un musicien de
première valeur »), le « savant musicien et
musicologue » « ne portait pas sur la poitrine la croix de
la Légion d'honneur, qu'il aurait plus que méritée, mais
la croix abbatiale, comme abbé de Saint-Wandrille. C'est que le nouveau
saint Grégoire ne s'était pas seulement révélé
un érudit et un artiste, mais un religieux modèle. Son bon sens
robuste, la sûreté de son jugement sur les personnes et sur les
choses, sa bonté étaient autant de qualités
précieuses parmi celles que l'on peut désirer chez un
supérieur. Depuis longtemps il s'était montré le conseiller
très écouté de nombre de communautés ».
« D'autres
rediront la bonté, la bienveillance et la simplicité du R.P. Dom
Pothier, l'abbé vénéré », « un
homme qui, dans sa modestie, est l'auteur de la révolution la plus
heureuse et la plus durable qui se soit produite dans l'Eglise (dom Guépin) ». «
Saint religieux qui avait rétabli les authentiques mélodies
grégoriennes » (Huysmans, qui « l’admirait et le cite parmi les moines
dignes de continuer la tradition de Saint-Maur » - « Quand il le vit, il dût être touché par la bonté et
la candeur de ce moine, par cette bonne grosse voix qui multipliait les :
« Bien, bien, bien ! », par cette érudition qui bannissait
tout pédantisme »), « un saint pour lequel on ne
peut avoir que de la vénération » (G. L.
Houdard, La question grégorienne
en 1904, 1904), « d'une grande bonté et d'une bonhomie
désintéressée et modeste », « l'ami de
Pie X lui-même » (dom Gontard), « vénéré et
si méritant Restaurateur des Mélodies Grégoriennes
(Pie XI) », « pionnier de la restauration plain-chantiste »
et « Saint Grégoire du XIXème siècle »,
« digne serviteur de la Sainte Église (Pie XI) »,
« l'un de ses fils les plus pieux et les plus saints », le
« vénérable prélat » était
« certainement une des personnalités les plus
distinguées de l’Ordre » (dom F. de Stotzingen,
abbé-primat de l’ordre de Saint-Benoît) « dont il
fut l'illustration et l'honneur
» (dom Ferretti, directeur de l’Ecole pontificale supérieure
du Chant Grégorien et de musique sacré) et « qu’il
aura honoré par ses vertus comme par ses travaux » (Mgr Foucault). « L'admirable savant, l'artiste pieux (Mgr
du Bois de la Villerabel, archevêque de Rouen) », « faisant toujours passer la
miséricorde avant le droit ». « Moine modèle, il édifiait tous
ceux qui l’approchaient par sa bonté et par sa charité. Par
son zèle pour le chant grégorien, il s’est acquis les plus
grands mérites et sera toujours nommé avec reconnaissance et
admiration. Si aujourd’hui le chant liturgique est restauré et
estimé dans l’Eglise, cela est dû en grande partie à
son zèle et à ses travaux » (dom de Stotzingen) :
« le nom de Dom Pothier restera uni au chant grégorien, comme
celui de Dom Guéranger à la restauration de la liturgie romaine
en France (Mgr Foucault) ».
« Dom J. Pothier, par ses publications scientifiques ou pratiques, et
par le mouvement irrésistible qu'il imprima à la restauration
effective des cantilènes sacrées dans le monde catholique, a bien
mérité le titre de restaurateur du chant grégorien ».
« Eminent restaurateur du Chant grégorien », le Rme dom
Pothier (né à Bouzemont, Vosges, 1835, et
décédé au Monastère St Wandrille de Conques, écart de
Sainte-Cécile / Florenville, province du Luxembourg (Belgique), 1923 - « c'est à Conques que s'éteignit
pieusement, en la quatre-vingt-huitième année de son âge,
le Rme P. Dom Pothier » -,
inhumé le 14 décembre 1923 à l'abbaye de Clervaux
(« In Pace! R.D.P. Josephus
Pothier, Abbas Sti Wandregisili, 1835-1923 », Luxembourg (son
coadjuteur et successeur, le Rme dom Jean-Louis Pierdait demanda au
Rme dom Joseph Alardo, abbé bénédictin de Saint
Maurice de Clervaux, le monastère le plus proche, à ce que le
corps de Dom Pothier puisse être inhumé dans le cimetière
de l'abbaye luxembourgeoise, en attendant le jour où son transfert éventuel
pourrait être envisagé), après obsèques
présidées par Mgr Nommesch, évêque de Luxembourg, puis depuis
le 27 juillet 1962 dans le cloître de l'abbaye de Saint-Wandrille
(« DD JOSEPH POTHIER 1835-1923 SANCTI WANDREGISILI ABBAS »), Seine-Maritime) était
entré de son vivant dans l'Encyclopediae
Britannica et dans le Larousse,
et dès sa première édition dans Le Robert. Une Rue Dom
Pothier à Epinal et une autre Rue
Dom Pothier dans l’agglomération rouennaise
(Mont-Saint-Aignan) portent aujourd’hui son nom.
XAVIER MAILLARD LUSTIG – 2009
A
notre cher Fils, le religieux Joseph Pothier, de l'Ordre de Saint-Benoît / Léon
XII, Pape / Cher Fils, Salut et
Bénédiction apostolique :
Le travail que vous avez publié sur la musique Nous a été
remis par notre vénérable frère, le
cardinal-évêque de Frascati. Nous acceptons volontiers et avec
plaisir votre présent, en raison aussi bien de ses propres
mérites que des éloges qu'en fait une personne si
éminente. Nous savons en effet, Cher Fils, avec quelle intelligence vous
vous êtes appliqué à interpréter et à
expliquer les antiques monuments de la musique sacrée, et comment vous
avez mis tout votre zèle à montrer à ceux qui cultivent
cet art la nature même et la forme exacte de ces anciens chants, tels
qu'ils ont été autrefois composés, et tels que vos
pères les ont avec grand soin conservés. Nous pensons, Cher Fils,
qu'il faut en cela louer non seulement vos efforts à poursuivre une
œuvre pleine de difficultés et de labeur, qui vous a demandé
plusieurs années d'un travail assidu, mais aussi l'amour dont vous vous
êtes montré particulièrement animé envers
l'Église romaine qui a jugé digne de tenir toujours en grand
honneur ce genre de mélodies sacrées que recommande le nom de
saint Grégoire le Grand. C'est pourquoi Nous désirons vivement
que Nos lettres vous soient un témoignage de Notre recommandation pour
les remarquables études que vous avez consacrées à
l'histoire, à la discipline, à la beauté du chant
sacré. Nous tenons d'autant plus à vous donner ce
témoignage que, surmontant les adversités de ces jours mauvais,
vous luttez bravement pour le service et l'honneur de la religion et de
l'Église. Suppliant donc Dieu très clément de fortifier
par la puissance de sa grâce votre courage, afin que sa lumière
brille chaque jour davantage devant les hommes, et, comme augure des faveurs
célestes et gage de notre amour paternel, Nous vous accordons ainsi
qu'aux membres de votre communauté Notre bénédiction
apostolique. Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 8 mars
1884, de notre pontificat la septième année, Leo PP. XIII
A
notre cher Fils Joseph Pothier, abbé de l'Ordre de Saint-Benoît / Pie X, Pape
/ Cher Fils, Salut et Bénédiction Apostolique : Nous avons été heureux de
recevoir de vous ce tribut de respect et Nous y avons reconnu votre
obéissance et dévotion envers Nous. Cela était d'autant
plus agréable pour Nous, car cela a été
présenté par un homme qui est en premier lieu un érudit
dans la liturgie (homme versé entre tous dans la science de la liturgie)
et à juste titre célèbre dans la discipline du chant
grégorien. Puisque vous promettez que votre travail extraordinaire dans
cette cause ne Nous manquera jamais, Nous accueillons cet objectif qui est le
vôtre avec une paternelle affection, et Nous prions Dieu dans Sa
bonté d'aider vos efforts. Nous vous félicitons, une fois encore,
pour le nouveau fruit de ces travaux. Nous voulons dire les "Cantus
Mariales" qui nous ont été envoyés par vous comme
présent. Pour ce présent à la fois agréable et
opportun, Nous vous remercions. Comme un signe de la récompense
céleste, et aussi comme un témoignage de notre bonne
volonté, Nous vous donnons le plus tendrement, dans le Seigneur,
à vous et à vos collaborateurs Notre Bénédiction
Apostolique. Daté de Rome près de Saint-Pierre le 14
février 1904, l'année première de notre pontificat. Pie
PP. X [EPISTOLA / Qua Pontifex laetatur de sensibus animi Abbatis Pothier
circa praescriptiones de musica sacra instauranda]
Au
Révérendissime Père Dom Joseph Pothier, abbé de
l'Ordre de Saint-Benoît, président de la Commission pontificale pour
l'édition vaticane des livres liturgiques grégoriens, au nom du
Pape [de l'éminentissime
Cardinal-secrétaire d'Etat, au nom du Pape] : Révérendissime Père, Les travaux
préparatoires de la Commission pontificale pour l'édition
vaticane des livres liturgiques grégoriens, ont mis en évidence
les avantages multiples d'une simplification dans l'œuvre de
rédaction, qui permettra de profiter davantage des résultats
obtenus jusqu'ici par les initiateurs de la restauration grégorienne.
C'est pourquoi, après avoir adressé de nouveau aux moines
Bénédictins, spécialement à ceux de la
Congrégation de France et du monastère de Solesmes, des louanges
méritées pour le concours intelligent et fructueux qu'ils ont
prêté à la restauration des mélodies de l'Eglise, le
Saint-Père a daigné décider, dans sa haute bienveillance,
que l'édition vaticane à publier serait basée sur
l'édition bénédictine publiée à Solesmes en
1895 ; il reconnaît ainsi la valeur incontestable de cette œuvre de
restauration si bien entreprise. Et c'est à Votre Paternité, en
sa qualité de président de la Commission pontificale, que le
Saint-Père confie la mission délicate de réviser et de
corriger l'édition en question (...). En portant à la
connaissance de Votre Paternité ces dispositions prises par le Saint-Père,
et bien assuré que dans son zèle et sa sollicitude Elle
consacrera ses soins les plus diligents à exécuter parfaitement
ces mêmes dispositions, je profite de l'occasion pour me dire de nouveau,
avec les sentiments de l'estime la plus distinguée, de Votre
paternité Révérendissime, le très
affectionné dans le Seigneur, R(aphaël)
Card(inal) Merry del Val - Rome,
le 24 juin 1905
A
notre cher fils Dom Joseph Pothier, Abbé de Saint-Wandrille, de l'Ordre
de Saint-Benoît, dont les grands mérites au service de l'Eglise
sont bien connus de Nous, Nous accordons notre plus aimante
Bénédiction apostolique. Le 5 juin 1908, Pie X, pape.
(Source : Archives de l’Abbaye de
Saint-Wandrille, 2000)
A
notre cher fils Joseph Pothier, de l'Ordre de Saint-Benoît, religieux
plein d'égards, Abbé de Saint-Wandrille de Fontenelle, auquel
mieux que personne la cause du chant grégorien sacré est
grandement redevable, qui célèbre aujourd'hui solennellement ses
cinquante ans de sacerdoce (...) Nous accordons très affectueusement
notre Bénédiction Apostolique. Du temple sacré du Vatican
le 13 décembre 1908, Pie X, pape. [Dilecto filio Joseph Pothier OSB
religioso viro observantissimo, Abbati S. Wandregisili Fontanellensis, de
religione et maxime de sacro gregoriano concentu optime merito, annum
quinquagesimum ab inito sacerdotio hodie solemniter celebranti, fausta quaeque
et salutaria ad multos etiam annos a Domino adprecantes, grati et benevolentis
animi testem Apostolicam Benedictionem peramanter impertimus. Ex Aedibus
Vaticanis. Die 13 decembris 1908, Pius PP. X]
(Source : Archives de l’Abbaye
de Saint-Wandrille, 2000)
A
notre cher fils Joseph Pothier, de l'ordre de saint Benoît, abbé
du monastère de Saint-Wandrille de Fontenelle / Benoît
XV, Pape : Cher fils, salut et
bénédiction apostolique, Tous
les érudits savent combien vous avez excellemment mérité
de la sainte Liturgie par vos nombreuses et doctes publications. Elles ont
hautement illustré votre nom dans l'univers. Vous vous êtes en
effet appliqué à de longues, intelligentes et minutieuses
recherches, dans les bibliothèques de l'Europe, sur les anciens
monuments de la musique sacrée. Vous vouliez, avec vos collaborateurs,
non seulement ramener les mélodies grégoriennes, comme on les
appelle, à leur primitive pureté, mais encore les faire
exécuter par le peuple avec goût et piété. Tous ces
services que vous avez rendus à l'Église Nous engagent à
vous offrir Nos félicitations, en ce jour où vous solennisez le
60e anniversaire de votre profession religieuse, et le 62e de votre ordination
sacerdotale. Nous Nous joignons à vous afin de rendre de justes actions
de grâces à Dieu qui vous a donné de pouvoir, durant de si
longues années, grandement contribuer au développement de la
piété chrétienne, par la suavité des chants
sacrés, et au progrès de la discipline religieuse dans votre
communauté par votre propre exemple. Au reste, Nous formons pour vous
les vœux les plus ardents de santé et de bonheur ; puisse la divine
Bonté vous conserver encore pendant de longues années dans la
plénitude des biens célestes. Pour rendre ce double anniversaire
plus auguste et plus fécond, Nous vous accordons le pouvoir de donner en
Notre Nom, en ce jour solennel, la bénédiction apostolique à
tous les assistants, leur accordant une indulgence plénière de
leurs fautes à gagner aux conditions ordinaires. Comme gage des biens
célestes et en témoignage de Notre toute particulière
bienveillance. Nous vous accordons de tout cœur à vous, cher Fils,
et à tous les vôtres, la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près de St-Pierre, ce 14 juillet 1920, la
sixième année de Notre Pontificat. Benoît XV, Pape
(Source : Archives de l’Abbaye de Saint-Wandrille, 2000)
Rome, le 11 déc. 1923
(télégramme) - Sa
Sainteté prend part au deuil de la famille bénédictine
pour la perte du vénéré et si méritant Restaurateur
des Mélodies Grégoriennes. Elle unit ses suffrages pour le repos
éternel de ce digne serviteur de la Sainte Eglise. (Pie XI)
XAVIER MAILLARD LUSTIG – 2010
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Devise
abbatiale : « Ad te levavi animam meam » Armes : « Un encensoir fumant sur champs d’azur, cantonné
aux armes de Lorraine » ou «D'azur à l'encensoir d'or,
allumé de gueules et fumant d'argent ; au franc-canton sénestre
(dextre) du chef d'argent chargé de cinq croix de Lorraine de gueules
en croix » (Saint-Saud, « Armorial des prélats
français du XIXème siècle. Paris, 1906 ») |
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(XML, 2005)
Biographie de dom
Joseph Pothier,
abbé bénédictin de Saint-Wandrille, restaurateur du
chant grégorien
Né le 07 décembre 1835
à Bouzemont (Département des Vosges), Joseph Marie POTHIER
est le fils de Joseph Pothier, instituteur de Bouzemont, et de son
épouse Thérèse Viriot, fileuse. Baptisé le
lendemain, 08 décembre 1835 (Immaculée Conception), avec pour marraine
sa tante paternelle Marguerite Pothier (Maillard). Son frère cadet
Jean-Baptiste Marie Alphonse Pothier, né le 1er novembre 1839
à Bouzemont, deviendra également moine bénédictin
(Dom Alphonse Pothier, entré à Solesmes en 1863).
Dom
Joseph Pothier fut à la fin du XIXème siècle et
au début du XXème siècle, un des
bénédictins les plus connus, du fait de son oeuvre de restauration
du chant grégorien, accomplie dans un premier temps à
Solesmes sous l’égide du Révérendissime Abbé
Dom Guéranger. Sa personnalité, pourtant discrète, fut
mise en avant lorsqu’il fut choisi par le pape St Pie X pour
présider la Commission pontificale pour l’édition vaticane
des livres liturgiques grégoriens de l’Eglise.
Le futur abbé fait ses
études au petit séminaire de Senaide, Vosges (octobre 1848-1850),
puis au séminaire de Châtel, Vosges (1850-1854) et enfin entre au
grand séminaire de Saint Dié, Vosges (1854-1858), où il
étudie jusqu'à son ordination sacerdotale. Ordonné
prêtre du diocèse de Saint-Dié le 18 décembre 1858,
il émet ses vœux à Solesmes le 1er novembre 1860 (En 1837,
Dom Guéranger venait de restaurer en France la vie monastique
bénédictine, disparue depuis la révolution
française).
Après avoir gagné Sablé sur Sarthe
et être entré à l'Abbaye Saint-Pierre de Solesmes
dirigée par son premier Abbé Dom Prosper Guéranger,
Joseph Pothier goûte au chant liturgique. Dom Guéranger avait
voulu pour son monastère une interprétation plus authentique des mélodies
grégoriennes, même en se servant d’abord d’une
édition imparfaite, interprétée cependant
d’après les règles traditionnelles. Suivant l'Abbé de Solesmes, Dom Joseph Pothier
commence ses recherches en vue de la restauration du plain-chant
grégorien (dès 1840, Dom Guéranger avait
posé dans ses Institutions liturgiques, le principe de la
restauration grégorienne. Cette Méthode parut en 1859).
Dès le 15 juillet 1860, Dom Guéranger charge Dom Pothier
d’exposer à la communauté la méthode du chanoine
Gontier. Dom Pothier demeura marqué par cette double influence, celle du
chanoine Gontier qui avait théorisé et diffusé la pratique
de la prière chantée solesmienne, et celle de Dom
Guéranger, pour le rétablissement du patrimoine grégorien
dans sa pureté ancienne.
Dom
Guéranger souhaitait alors que Dom Jausions et Dom Pothier
établissent les livres de chœur de leur monastère,
d’après les mélodies et notes fournies par les manuscrits
anciens. En 1862, les deux Bénédictins s’attellent à
l’étude des manuscrits notés en neumes. Dom Pothier
s’attaque au codex 359 de l’Abbaye de Saint-Gall (Suisse).
Persuadé clairement de la permanence de la tradition musicale, Dom
Pothier a l’idée simple de comparer le texte et la mélodie
du manuscrit de Saint-Gall - neumes sans lignes de portée - avec les
mêmes textes et mélodies transcrites sur lignes de portée.
Quand il sera passé du stade du travail de recherche, à celui de
l’édition, on lui décernera le titre de
“Champollion des neumes”... En 1866-1867, les deux moines travaillent
à justifier par écrit leurs travaux de recherche sur les anciens
manuscrits et leur interprétation, Dom Jausions se réservant la
rédaction de ce qui concerne l’accentuation latine. Dom
Guéranger hésita toutefois à publier ce mémoire,
qui, entièrement repris par Dom Pothier, paraîtra en 1880 sous le
titre Les Mélodies grégoriennes, dont
l’édition marque une date dans l’histoire de la restauration
du Chant Grégorien. Pour Dom Guéranger, deux ouvrages
doivent être rédigés en urgence : le Graduel pour les
pièces chantées de la messe, et l’Antiphonaire, pour les pièces
chantées de l’Office. Dom Pothier, lui, s’attache au
Graduel, collationnant les manuscrits avec Dom Jausions, mais le choix des
mélodies définitives incombait à Dom Pothier. Anticipant
sur les résultats de ses recherches, car ne pouvant publier le Graduel
en cours de préparation, Dom Joseph Pothier fournit à Dom
Benoît Sauter, moine allemand de l'Abbaye de Beuron, un Graduel
corrigé sur les meilleurs manuscrits, ce qui permit
d’exécuter à Beuron le Plain-chant “d’une
manière rationnelle, sensée, harmonieuse”,
c’est-à-dire comme à Solesmes.
Dom
Pothier se met à la recherche de manuscrits et les voyages se
succèdent pour lui à partir de 1865 : Saint-Gall, Laon,
Colmar, Epinal. “Intelligence supérieure, esprit
fin et très délicat, il voyait tout sans avoir l’air de
regarder. Au cours d’un voyage en Allemagne et en Autriche, Dom Paquelin
lui disait : “vous êtes désespérant, vous baissez les
yeux, je me les écarquille et au total vous avez tout vu et presque tout
m’a échappé”. En 1866, Dom
Pothier effectue de nouveaux voyages à Colmar, Laon, Munster,
Bâle, Troyes. Dom Pothier peut plus librement rédiger la
préface au Directorium chori dont la publication est
souhaitée par Dom Guéranger mais qui ne verra pas le jour.
À partir de 1867, Dom Jausions s’oriente davantage vers les
études historiques et délaisse les questions grégoriennes,
qui deviennent le domaine exclusif de Dom Pothier.
Le Liber Gradualis est
terminé en 1869. En 1870 et 1871, Dom Joseph Pothier et son frère
Dom Alphonse Pothier (qui l'avait rejoint comme Bénédictin
à Solesmes), passent plusieurs mois dans leur village lorrain,
Bouzemont, en raison des maladie et morts successives de leurs parents ;
la guerre franco-allemande les y surprend. L’année 1873 voit la
parution à Solesmes du Processionnal lithographié.
Comme il n’existait pas alors de caractères d’imprimerie
pour représenter les neumes restitués par Dom Pothier, ils furent
lithographiés (les deux frères Pothier en furent les graveurs).“Son grand plaisir, durant la
récréation hivernale du soir, où un groupe variable se
réunissait à Solesmes autour de sa cheminée, était
de fondre du plomb dans la pelle à feu et de le faire figer dans une
boîte de plumes en carton, ou encore de tailler avec un couteau, un bout
de bois qui sortait toujours transformé en poinçon
d’imprimerie ou en objet d’utilité commune”.
Durant
l’été 1875, quelques mois après la mort de Dom
Prosper Guéranger, le Cardinal Pitra, ancien moine
bénédictin de Solesmes (Dom Jean Baptiste Pitra, entré
à Solesmes en 1843, appelé à Rome en 1858 par Pie IX), et
qui fut bibliothécaire de la Sainte Eglise Romaine, presse le
Révérendissime Dom Charles Couturier, successeur de Dom
Guéranger sur le siège abbatial de Solesmes, d’obliger Dom
Pothier à publier ses travaux.
Les
projets attendront néanmoins plusieurs années avant de voir le
jour. Dom Pothier ne donne ses premiers articles, qui révèlent
ses qualités de paléographe et sa profonde connaissance du chant
grégorien, qu'au cours de l’année 1877. Ils sont
rédigés alors que leur auteur poursuit chaque année des
voyages d’études et d’apostolat grégorien en France
ou en Allemagne. L’année 1879 voit le premier congrès
grégorien de l’Abbaye Cistercienne d’Aiguebelle, qui fait
connaître Dom Pothier dans le monde Cistercien : l’année
suivante, le Bénédictin donne des conférences dans une
autre Abbaye du même ordre, à Bellefontaine.
Paraissent
à Tournai en 1880, pour le quatorzième centenaire de la naissance
de saint Benoît, Les Mélodies grégoriennes
d’après la tradition, qui renferment les principes qui
vont présider à la résurrection du chant grégorien,
livre qui connaît un large succès, qui fait l’objet de
rééditions successives et sera rapidement traduit.
En
1881 se déroule le deuxième congrès d’Aiguebelle. Le
congrès de chant liturgique d’Arezzo, en 1882, voit se rencontrer
tenants et opposants du Graduel édité en 1868 par Pustet, de
Ratisbonne ; parmi les participants, Dom Pothier et Dom Schmitt, fondateurs de
l’imprimerie de Solesmes, et le chanoine Sarto, futur pape St Pie X. Le
congrès était réuni en vue de la réforme du chant
liturgique. Dom Pothier en fut le participant le plus écouté. Des
vœux furent émis à l’issue de ce congrès, mais
ne purent être présentés au Saint-Siège, bien
qu’ils visaient à une conformité plus grande des livres de
chant avec la tradition. Le congrès ne put donc avoir de suite directe
immédiate.
Le
Liber Gradualis sort en 1883, “à l’usage de la
congrégation bénédictine de France”. Il est
utilisé aussitôt par les moines de Solesmes et par sa schola,
créée au sein du chœur de Solesmes et confiée alors
au jeune Dom André Mocquereau. Le cardinal Pitra présente le Liber
Gradualis au pape Léon XIII, qui envoie à Dom Pothier un
bref élogieux, toutefois atténué par un autre texte
quelques mois plus tard.
Dès
lors, publications de livres de chœur et articles scientifiques se
multiplient sous la signature de Dom Pothier. Sollicité par les
diocèses et congrégations religieuses, il compose nombre
d’offices propres.
Le
premier tome de la Paléographie musicale voit la
publication du codex 339 de Saint-Gall, copié jadis par Dom Pothier, et
qui donnait l’ensemble du répertoire du Graduel. Les tomes
suivants s’attacheront à montrer tous les témoins
d’une pièce du répertoire, comme le répons graduel Justus
ut palma : 219 manuscrits donnent la même mélodie -
sauf variantes de détails -, celle restituée par Dom Pothier dans
le Graduel de 1883.
L’année
1891 voit le congrès Saint Grégoire à Rome, la parution
à Solesmes du Liber antiphonarius, et les Principes
pour la bonne exécution du chant grégorien ; en 1892,
c’est le début de la collaboration avec la Revue du Chant
Grégorien de Grenoble, et le développement de
l’apostolat grégorien par des conférences pratiques. Plus
que sa parole publique, c’était sa conviction et sa science qui
emportaient l’adhésion au cours d’entretiens familiers.
Dom Joseph Pothier, qui est en lien
avec Paul Claudel et qu’Huysmans admire et cite parmi les
« moines dignes de continuer la tradition de
Saint-Maur », est sous-prieur de l'abbaye de Saint-Pierre
de Solesmes de 1862 à 1863, puis de 1866 à 1893. Il devient
ensuite prieur claustral de l'abbaye bénédictine de Saint-Martin
de Ligugé de 1893 à 1895.
Située sur la rive droite de la
Seine, près de Caudebec (Seine Maritime), une Abbaye normande, Saint-Wandrille
de Fontenelle était
privée de moines depuis la révolution française. Cette
Abbaye normande avait été fondée en 649 par saint
Wandrille. D'abord connue sous le nom d'Abbaye de Fontenelle, elle prit par la
suite le nom de son fondateur. Très importante dans le haut
moyen-âge, elle tomba en commende au XIVème
siècle, puis entra dans la congrégation de Saint-Maur en 1636.
Supprimée par la Révolution en 1791, l'abbaye est vendue comme
bien national à un industriel d’Yvetot, Cyprien Lenoir et les
derniers moines se dispersent. De 1792 à 1832 ; se déroule
la destruction de l’abbatiale, utilisée comme carrière de
pierre. Les bâtiments de l'abbaye furent transformés en
manufactures. En
août 1893, l’Evêque auxiliaire de Rouen, Monseigneur Jourdan
de La Passardière propose d’effectuer la restauration monastique
de Saint-Wandrille (les Bénédictins avaient déjà
relevé les Abbayes de Solesmes, de Ligugé, de Wisques, de
Marseille...). Le monastère ayant été restauré
canoniquement par rescrit pontifical, la re-fondation de Saint Wandrille
s’effectua à partir du 13 février 1894, dans un premier
temps sous la direction de Dom Jean-Martial Besse.
La
première année de la fondation se révèle
extrêmement ardue en raison des difficultés tant
matérielles qu’humaines. C’est alors que le Révérendissime
Dom Bourigaud, Abbé de Saint Martin de Ligugé, a la sagesse, et
l’abnégation, de nommer celui qui était prieur de son
monastère de Ligugé depuis près de deux ans, Dom
Joseph Pothier, comme supérieur de la jeune et fragile fondation
normande (le 26 déc., Dom Bourigaud annonçait à Saint
Wandrille la nomination de Dom Pothier comme prieur, et le 8
février le nouveau supérieur y était reçu
solennellement). L'Abbaye de Saint-Wandrille sera
définitivement relevée par Dom Pothier et appartient toujours
aujourd'hui à la congrégation de Solesmes.
Arrivant
comme prieur de Saint-Wandrille le 8 février 1895, Dom Pothier apporte
avec lui un renom, une réputation, celle de restaurateur du chant
grégorien, oeuvre à laquelle il était attaché
depuis plus de trente ans. Dès le 21 mars 1895, était
promulgué l’acte de l’Abbé Primat de l’OSB, le
Rme Hildebrand de Hemptinne rétablissant Saint-Wandrille comme Abbaye,
tout en le laissant à la vigilance de son re-fondateur, le
Révérendissime Abbé de Ligugé, mais sous la
direction locale de Dom Pothier.
A
Saint-Wandrille, à partir de 1895, le noviciat semble prospère,
et des professions s’annoncent. La question de l’abbatiat
était toutefois agitée à Ligugé, à Rome et
à Solesmes. Le nombre canonique de religieux fut atteint en vue de
permettre la restauration complète de l’Abbaye par la nomination
d’un Abbé.
Dans une lettre du 23 juillet 1898, l'abbé
Collette (aumônier du Lycée Corneille de Rouen) écrivait
à Dom Pothier : « Mon Révérend Père, J'ai
appris à Monseigneur le Cardinal [Archevêque de Rouen] l'heureuse
conclusion de toutes les démarches faites pour la nomination d'un
Abbé à Saint-Wandrille. Il se réjouit fort de voir ses
vœux et ceux des amis de la maison enfin réalisés. Il avait,
du reste, reçu une lettre du Rme Abbé Primat dont il m'a
donné lecture, lui annonçant que le Pape lui avait dit dans son
audience du 4 juillet qu'il désirait que l'on donnât sans retard
satisfaction au Cardinal de Rouen pour l'affaire de Saint-Wandrille ».
Le vendredi 22 juillet, « à midi, pendant le repas, le
Père Abbé (de Ligugé, venu officier pour la fête du
saint fondateur), a reçu une dépêche relative à la
nomination d'un Abbé pour Saint-Wandrille et, pendant la
récréation, s'est entretenu seul avec le Père Prieur Dom
Pothier », note le chroniqueur. Le lendemain, on en sait un peu plus
long : « Hier le Père Abbé de Ligugé a
reçu une dépêche du Rme Père Abbé de Solesmes
donnant la permission d'introniser Dom Joseph Pothier comme Abbé de
Saint-Wandrille ; la dépêche a été envoyée de
façon que la chose aurait pu se faire hier ; mais Dom Bourigaud [Rme
Abbé de Ligugé] a préféré envoyer à
Dom Delatte [Rme Abbé de Solesmes] une invitation à la faire
lui-même ; celui-ci a répondu aujourd'hui qu'il arriverait ce soir.
Le dimanche 24 juillet, à 3 h 30 de
l'après-midi, eut lieu au chapitre la notification officielle de la nomination
du Révérendissime Dom Joseph Pothier comme abbé
bénédictin de Saint-Wandrille de Fontenelle et son
intronisation. Dom Delatte
félicita d'abord l'abbé de Ligugé de « l'initiative
pleine d'entrain et de jeunesse » qu'il avait eue en restaurant
Fontenelle. « Dom Bourigaud le remercia de ses paroles aimables ; pour
lui, dit-il, il n'a été qu'un instrument, ce sont les saints de
Fontenelle qui ont tout conduit ». Puis l'Abbé de Solesmes
s'adressa à Dom Pothier pour constater « qu'expérience
avait été faite de la sagesse de son administration et que les
vœux de toute la communauté étaient conformes au choix fait
par l'Abbé fondateur ». Aux moines, enfin, il souhaita
l'accomplissement pour leur monastère de cette devise tirée du
Psaume 121 : Fiat par in virtute tua et abundantia in turribus tuis, «paix qui est concorde fraternelle»
et «paix de l'âme en Dieu, suivie par surcroît de
l'abondance des biens temporels». « Dom Delatte fait alors
donner lecture par Dom Froment, secrétaire du chapitre, de l'acte par lequel Dom Bourigaud
nomme le Rme Dom J. Pothier Abbé de Saint-Wandrille. Les deux Abbés ensemble revêtent du rochet
le nouvel élu, ainsi que du camail, de la calotte et de la croix
pectorale ; puis, au chant du « Te Deum », procession par le grand
réfectoire, le côté est du cloître et la chapelle du
S. Sacrement. A l'oratoire, trois
trônes sont préparés, celui de Dom Delatte ayant seul un
baldaquin. L'Abbé de Solesmes fait asseoir Dom Pothier sur le
trône à baldaquin et se place debout à sa droite, Dom
Bourigaud debout à sa gauche. (…) Puis commencent les Vêpres
Pontificales célébrées par Dom Delatte.»
|
Le 24 juillet 1898, Dom
Joseph Pothier est installé sur le siège abbatial de
Saint-Wandrille.
Il est le premier abbé régulier de Saint-Wandrille de
Fontenelle depuis Jacques Hommet au 16ème siècle (+1523).
L’annonce de la nomination du Révérendissime Dom Pothier
comme 76ème Abbé de Fontenelle, et plus encore sa bénédiction
abbatiale (dont la cérémonie se déroule le 29
septembre 1898 et qui lui est donnée selon le rite du Pontifical
par le Cardinal Sourrieu, Archevêque de Rouen), emplirent de joie les
bénédictins et le clergé normand. Quatre ans et
demi après sa restauration, la vieille abbaye normande avait
réellement repris vie, y compris dans le cœur des “trop
prudents normands”. Le Révérendissime dom Joseph
Pothier prend pour devise abbatiale « Ad
te levavi animam meam », devise tirée du psaume 24,1 et
signifiant "Vers toi j'ai élevé mon âme". Les
armes de Dom Pothier, abbé mitré, sont formées
d' : « Un encensoir fumant sur champs d’azur,
cantonné aux armes de Lorraine » ou «D'azur
à l'encensoir d'or, allumé de gueules et fumant
d'argent ; au franc-canton sénestre (ou dextre ?) du
chef d'argent chargé de cinq croix de Lorraine de gueules en
croix » (description donnée par Saint-Saud, in
« Armorial des prélats français du XIXème
siècle. Paris, 1906 ») |
La cérémonie de la
bénédiction abbatiale ayant été fixée au 29
septembre, le Cardinal Sourrieu
abrégera ses vacances pour procéder à la fonction
liturgique. Il fut question un moment d'accomplir la cérémonie
à Rouen, soit à la Cathédrale, soit à
Saint-Ouen. Mais, note la
chronique, « tous ceux que Dom Pothier a consultés lui
conseillent de la placer dans le monastère lui-même ».
Le 29, le Cardinal officia pontificalement entouré d'un nombreux
clergé (environ 150 prêtres présents). Les Abbés assistants
étaient le Rme Dom Delatte, abbé bénédictin de
Solesmes et Supérieur général de la Congrégation
bénédictine et le Rme Dom Bourigaud, abbé
bénédictin de Ligugé.
Etaient également présents les
Révérendissimes Pères Abbés Dom Gauthey,
abbé bénédictin de Sainte-Madeleine de Marseille, Dom
Guépin, abbé bénédictin de Silos, Dom du
Coëtlosquet, abbé bénédictin de Saint-Maur de
Glanfeuil... « Sous le cloître, dans le rayonnement de la robe
écarlate du prince de l'Eglise, on voyait passer le froc noir et la
coule de quelques moines ; la mantelletta et la croix d'or des abbés se
mêlaient au surplis blanc de nombreux prêtres et à l'aumusse
d'hermine des chanoines. Des
membres de diverses congrégations religieuses étaient là
aussi, Dominicains, Franciscains, Jésuites. Sans nul effort, un poète eut pu
rêver que dix ou douze siècles vécus étaient
subitement effacés.
L'antiquité chrétienne renaissait » (cité
in « Semaine religieuse du Diocèse de Rouen », en
date du 08 octobre 1898, page 969) - Après le repas, dans le
réfectoire décoré des blasons des monastères de la
Congrégation et des Abbayes normandes, plusieurs toasts furent
prononcés. C'est d'abord
l'abbé de Solesmes qui s'adresse au cardinal : « Lorsque de vos
mains et de vos lèvres descendait sur un frère très
aimé, que Solesmes regretterait encore, si avant tout et au-dessus de
tout, Solesmes n'était heureux et fier de vous l'avoir donné,
lorsque de votre coeur, comme d'une plénitude, descendait sur lui la
bénédiction qui fait les pasteurs prudents, tendres et forts, il
nous a semblé, Eminence, assister non pas seulement à la
création d'un prélat, qui avait, dans l'Eglise de Dieu, conquis
des titres de grande naturalisation par la restauration du chant
grégorien, à qui son nom demeure à jamais attaché,
mais encore et surtout, assister à la restitution de tout un glorieux passé.
(... ) Merci d'avoir rendu à l'Eglise, à la Métropole de
Rouen, à la Congrégation bénédictine de France, cet
inestimable joyau de la couronne monastique qui fut Saint-Wandrille
». Son Eminence répondit en faisant, avec une bonne grâce
charmante, l'éloge de Dom Pothier, et en rappelant l'histoire de
l'Abbaye ; son dernier mot fut un hommage au Cardinal Thomas. Un merci du nouvel abbé à
Son Eminence, aux Abbés, à toutes les personnes présentes
; et ainsi se termina la fête » (cité dans la même
édition de la « Semaine religieuse du Diocèse de
Rouen », 08 octobre 1898).
(Source :
XML)
Son
intérêt pour l’histoire de son monastère se manifeste
de différentes façons. Dom Pothier encouragea d’abord son
frère Dom Alphonse à copier les chroniques médiévales,
puis d’autres moines à travailler l’histoire de l'Abbaye.
Lui-même s’attache à des recherches sur la musique
grégorienne en Normandie : une communication lors d’un
congrès en 1896 le voit traiter de la musique sacrée en Normandie
au XIème siècle, il compose une séquence en
l’honneur de saint Wandrille en 1901, au moment où lui-même
et sa communauté s’apprêtent à s’exiler ; il
avait deux ans plus tôt obtenu l’approbation romaine des offices
propres de son abbaye.
La
loi Waldeck Rousseau (juillet 1901) sur les Associations (et
contre les congrégations religieuses) et le refus de demander une autorisation,
parti prôné par le Chapitre général de la
Congrégation, amènent pendant l’été 1901 les
communautés bénédictines françaises à
chercher une terre d’exil. Pour la
communauté de Saint-Wandrille, ce n’est qu’en septembre 1901 que
ce lieu est trouvé, en Belgique, à Vonêche dans le
diocèse de Namur. Dom Pothier obtient de l’Evêque
prémontré de Namur, Monseigneur Heylen, l’autorisation de
s’installer dans son diocèse. Celui-ci accueillit alors un grand
nombre de communautés françaises en exil : les
Bénédictins de Saint-Maur de Glanfeuil et de Wisques entre
autres, étaient réfugiés près de la communauté
de Saint-Wandrille. Vonêche sera la première étape, de
septembre 1901 à 1904, d’un exil qui durera trente ans !
A l'échéance du bail de
trois ans de Vonêche, les trente-sept moines bénédictins de
la communauté trouvent un nouveau refuge dans le diocèse de
Malines, au château de Dongelberg (actuelle commune de Jodoigne). Le 22
juillet 1909 fut célébré à Dongelberg le
jubilé sacerdotal du Rme Abbé (pour lequel Dom
Pothier reçu une lettre autographe de S.S. le pape Pie X, le 13
déc. 1908). La même année, son
frère, Dom Alphonse, alors bibliothécaire de Saint-Wandrille en exil,
décède à Dongelberg alors que Dom Joseph Pothier se trouve
en route pour Rome.
Pour cette seconde étape dans l’exil de la communauté,
l'habitat fut le château de Dongelberg, à l'aspect très
seigneurial, avec donjon, tours et tourelles, et vastes dépendances. On
demanda à l’Archevêque de Malines, le cardinal Goossens
l’autorisation de s’y installer en exil. Celui-ci refusa, car les
bâtiments d’apparence trop luxueuse ne convenaient pas selon lui
à un monastère... Après neuf ans de vie dans les
lieux de Dongelberg, les bénédictins doivent à nouveau
chercher un nouvel endroit ; ils reviennent dans le diocèse de Namur,
dans un ancien prieuré de l’Abbaye d’Orval, à
Conques, sur l'ancienne commune de Sainte-Cécile (province du
Luxembourg, Belgique).
En
revanche pour l’installation, en 1913, à Conques dans le
diocèse de Namur, aucune difficulté ne surgit, puisque
l’Evêque de Namur, Monseigneur Heylen, comprenait les
difficultés des religieux exilés, ... et que les bâtiments
occupés par les moines ressemblaient plus à une ferme
délabrée qu’à un château. Le
prieuré de Conques, à une quarantaine de kilomètres
d'Orval (Abbaye située à Villers-devant-Orval, commune de
Florenville), fut une possession de la communauté d'Orval sous l'Ancien
régime. C'est à Conques que fut notifiée à la
communauté sa dissolution en 1796, par les autorités
françaises. Conques fut ensuite vendu comme bien national. Actuellement,
le prieuré de Conques est une hostellerie. Les moines cisterciens
d'Orval, dispersés en 1796, ne sont revenus en l'Abbaye d'Orval qu'en
1926. Le
Domaine de Conques avait été acheté par un ami belge de
Dom Pothier et de sa communauté, en vue de le louer aux moines de
Saint-Wandrille. La construction d’un monastère fut
commencée. La communauté s’y serait stabilisée de
façon définitive, mais les travaux furent arrêtés
par l’invasion allemande.
Après
qu’il eut édité les livres de chant des monastères, Dom
Pothier fut appelé à Rome par le Pape Pie X, et se vit
confier l’édition vaticane des livres de chœur de la Sainte
Eglise romaine. Le monde grégorien connaît alors des divisions en
raison de la doctrine rythmique de Dom Mocquereau, maître de chœur
de Solesmes. L’origine des éditions rythmiques prônée
par lui est à chercher dans le désir de préciser le rythme
à donner à la mélodie grégorienne.
Déjà le chanoine Gontier du Mans, trente ans plus tôt,
trouvait les principes de Dom Pothier trop vagues. C’est alors que, le
22 novembre 1903, Pie X décide de réformer le chant de
l’Eglise romaine selon les recherches effectuées depuis quarante
ans à Solesmes. A l’instigation de Dom Lucien David, moine de
Saint-Wandrille alors étudiant au collège
bénédictin Saint-Anselme de Rome, Dom Pothier offre ses services
le 15 janvier 1904 au pape, parlant de son admiration pour le chant
grégorien, “art de la louange divine”. Le 24
février 1904, Pie X accepte le concours de Dom Pothier.
Le
25 avril 1904, Pie X nomme une “Commission pontificale pour
l’édition vaticane des livres liturgiques
grégoriens”, présidée par Dom Pothier, pour
préparer une Édition Vaticane des livres de chant
grégorien. Après un début d’année
orageux, c’est le pape Pie X, par le cardinal Merry del Val,
qui impose le Liber Gradualis de 1895 de Dom Pothier pour base de
l’Edition Vaticane. Les dissensions apparues au sein de la
Commission, amènent certains membres à se retirer.
Néanmoins l’Édition Vaticane se poursuivit, et en 1908,
le Graduel parut, comportant outre les pièces anciennes, des
Messes de fêtes nouvelles composées, centonisées ou
adaptées par les rédacteurs de la Vaticane, principalement par
Dom Pothier. L’édition vaticane était publiée
à tirage limité et servira de modèle aux différents
éditeurs qui voudraient la reproduire. La publication du Graduel
fut suivie de celle de l’office des défunts en 1909, et de l’Antiphonaire
en 1912. Les collaborateurs les plus proches de Dom Pothier sont alors Dom
Andoyer, prieur de Ligugé, qui avait déjà travaillé
avec lui à Solesmes aux éditions de chant grégorien, et
Dom Lucien David, moine de Saint-Wandrille.
Dom
Pothier réside ainsi à Rome la majeure partie du temps de 1904
à 1913. Le Père Abbé tenta à plusieurs reprises, au
cours des vingt ans d’exil, de négocier un retour de la
communauté dans son Abbaye normande. Le 11 septembre 1906, à
l’occasion d’une revente de l’Abbaye de Saint Wandrille,
l’affiche suivante fut apposée à Caudebec :
« Vente de l’Abbaye de St-Wandrille – Avis au
Public – Le public est prévenu qu’aux termes de la loi
canonique toute personne qui se rendra adjudicataire de l’Abbaye de
Saint-Wandrille sans avoir préalablement obtenu l’autorisation du
Saint-Siège sera de plein droit *excommuniée* et
qu’il en sera de même de toute autre personne à qui elle
pourra ultérieurement transmettre cet immeuble. Signé Dom J. POTHIER,
O.S.B., Abbé de Saint Wandrille »
Dom
Pothier ne craint pas de se lancer dans deux aventures, et entretient longtemps
un projet de fondation plus classique. La première aventure ne
connaît pas même un début d’exécution, celle de
Fécamp. La seconde en revanche fut après vingt années
difficiles, un succès : Saint-Benoît du Lac, au
Canada. La situation d’exil se prolongeant, et en raison de
l’improbabilité d’un retour prochain en France, dès
1908, et surtout à partir de 1910, la communauté avait
envisagé plusieurs solutions, parmi lesquelles et non sans
réticences, une installation définitive à
l’étranger. En novembre 1910, le Chapitre de Saint-Wandrille admet
“l'opportunité d'étudier pratiquement et de tenter la
réalisation d'un établissement au Canada”.
L’affaire n’eut pas de suite concrète immédiate. Deux
ans plus tard, l’hypothèse reprend consistance, et Dom Pothier
donne à Dom Paul Vannier, moine de Saint-Maurice de Clervaux, au
Luxembourg, mais en résidence dans la communauté de
Saint-Wandrille, l’obédience de se mettre à la disposition
de l’Evêque de Sherbrooke dans la province de Québec au
Canada, et de s’y employer aux diverses fonctions du ministère.
Dom Vannier quitte la Belgique en juin 1912, exerce son ministère au
Canada en vue d’étudier sur place
l’éventualité d’une fondation. Un Domaine est acquis
en décembre 1912 près du lac de Memphremagog, comté de
Brôme, dans la province de Québec. Trois moines viennent rejoindre
Dom Vannier au Canada en 1913, puis deux en août 1914, alors qu’en
sens inverse des postulants arrivent du Canada en Belgique pour y accomplir
leur noviciat.
Le
30 novembre 1914, le fondateur, Dom Vannier meurt noyé ; la nouvelle
n’en parvient dans l’Europe en guerre que l’année
suivante (Dom Pothier, ne pouvant communiquer ni avec la France ni avec le reste
de la Belgique, recevra la nouvelle par une lettre du Rme Père
Abbé Primat de l’OSB, transmise à Conques par
l’intermédiaire du Rme Abbé de Maria-Laach en Allemagne).
La communauté de Saint-Wandrille étant dans la zone
occupée par les Allemands, il est impossible pour Dom Pothier de
désigner et d’envoyer au Canada un moine comme supérieur.
Il faudra attendre la cessation des hostilités pour reprendre les
relations entre les moines demeurés isolés depuis plus de quatre
ans au Canada et l’Abbaye de Saint-Wandrille en Belgique. Après
des hésitations, grâce à la persuasion des moines canadiens
et aux encouragements de l’Evêque de Sherbrooke, Dom Pothier et le
Chapitre de Saint-Wandrille acceptent le 30 mai 1919 de continuer
l’œuvre canadienne. La graine semée en terre
américaine allait pouvoir s’épanouir et les “religieux
de la mission de Saint-Benoît-du-Lac au Canada” fonder le grand
monastère qu’est devenu Saint-Benoît du Lac.
Le
troisième projet, peut-être le premier sur le plan chronologique,
est le projet de fondation à Bazoilles, dans les Vosges. Dom Pothier a
longtemps eu le projet d’y fonder un monastère, quand la situation
de Saint-Wandrille serait affermie, mais en vain. En 1914, toute idée de
fondation dans les Vosges était abandonnée.
Au moment où les
bénédictins débutent les travaux d'édification de
nouveaux bâtiments au prieuré de Conques, ils sont surpris par la
Grande Guerre. Les premières batailles se déroulent devant la
communauté; le village d'Herbeumont (à 2 km du prieuré)
est incendié et les soldats allemands réquisitionnent le
monastère. « Le drapeau allemand est arboré sur la
maison [à plusieurs reprises perquisitionnée], qui devient une
intendance » (Rme Dom J. Pothier)
Toutes les communications avec la France et les pays alliés seront rompues
pendant toute la durée du conflit, les religieux vivront très
difficilement dans leur prieuré sans arrêt occupé par les
militaires allemands, et subiront de nombreuses vexations. La communauté
bénédictine se trouve privée de nouvelles, de ressources
et de vivres.
A la fin de la guerre, le 18
décembre 1918, le Rme Père Abbé fête ses soixante
ans de sacerdoce (et il fêtera ensuite son 60ème
anniversaire de profession religieuse en 1920, pour lesquels le pape
Benoît XV le félicitera par courrier). Dom
J. Pothier, déjà octogénaire depuis 1915, sollicitera
à plusieurs reprises la venue à Conques du prieur claustral de
l’Abbaye de Silos, Dom Jean-Louis Pierdait. Le 1er
décembre 1919, le Rme Père Abbé de Saint-Martin de
Ligugé (en exil à Chevetogne), Dom Gaugain, arrive à
Conques pour une visite canonique. Au cours de leur conversation, Dom Gaugain
persuade Dom Pothier d’avoir recours à Dom Pierdait, non comme
prieur mais comme coadjuteur. Le 24 avril 1920, en réunion capitulaire,
Dom Pothier obtient le prieur de Silos comme abbé-coadjuteur. Ce dernier
arrive à Conques le 24 mai, et reçoit la
bénédiction abbatiale de Mgr Heylen, Evêque de Namur, le 11
juillet 1920 à Chevetogne. Dom Jean-Louis Pierdait succédera,
à sa mort, au Révérendissime Dom Pothier comme Abbé
de Saint Wandrille et ramènera la communauté en France.
Agé de 88 ans depuis la veille,
le Révérendissime Père Abbé Dom
Pothier décède le 08 décembre 1923 au prieuré
de Conques, écart de Sainte-Cécile (commune de Florenville, Belgique.).
Le décès survient le jour-anniversaire de son baptême.
L'Abbé coadjuteur Dom Pierdait
demanda au Révérendissime Abbé de Saint Maurice de
Clervaux (Luxembourg), le monastère le plus proche, à ce que le
corps de Dom Pothier puisse être inhumé dans le
cimetière de l'abbaye luxembourgeoise, en attendant le jour
où son transfert éventuel pourrait être envisagé.
L'Evêque de Luxembourg, Mgr Nommesch, présida en personne les
funérailles de l'Abbé de Saint Wandrille le 14 décembre 1923.
A l’annonce du
décès, plusieurs lettres et télégrammes de
condoléances arrivèrent à Conques. Le 11 décembre
arrivait un télégramme envoyé par S.S. le Pape Pie XI
(Achille Ratti) : "Rome, le 11 déc. 1923, Sa Sainteté prend part au deuil de la
famille bénédictine pour la perte du vénéré
et si méritant Restaurateur des Mélodies Grégoriennes.
Elle unit ses suffrages pour le repos éternel de ce digne serviteur de
la Sainte Église".
Du Révérendissime Abbé Primat de
l’OSB (Ordre de Saint Benoît), Dom Fidèle de
Stotzingen : « Rome, le 10 déc., Dom Pothier
était certainement une des personnalités les plus
distinguées de l’Ordre. Moine modèle, il édifiait
tous ceux qui l’approchaient par sa bonté et par sa
charité. Par son zèle pour le chant grégorien, il
s’est acquis les plus grands mérites et sera toujours nommé
avec reconnaissance et admiration. Si aujourd’hui le chant liturgique est
restauré et estimé dans l’Eglise, cela est dû en
grande partie à son zèle et à ses travaux. Espérons
que dès maintenant il pourra s’unir aux chœurs des Anges et
chanter avec eux au ciel les louanges de Dieu, qu’il a si bien
entonnées sur terre ». – Du
Révérendissime Père Abbé Dom Ferretti, Directeur de
l’Ecole pontificale supérieure du Chant Grégorien :
« Rome, le 10 déc., J'apprends
la mort du Rme et très cher Père Abbé Dom J. Pothier.
C'est un deuil non seulement pour l'Ordre bénédictin dont il fut
l'illustration et l'honneur, et pour le monastère dont il fut pendant de
longues années le Père, le Maître et le Pasteur, mais pour
tout le monde grégorianiste et cécilien (...). Veuillez donc
agréer nos plus vives condoléances pour une si grande perte, non
seulement les miennes, mais celles de l'Ecole Pontificale supérieure de
chant grégorien et de musique sacrée à Rome, qui s'associe
à votre deuil et au tribut reconnaissant des prières qui vont
être dites pour l'âme d'un Père et d'un Maître
bien-aimé ». – De
Mgr Foucault, Évêque de Saint-Dié, 12 déc. : «
Le nom de Dom Pothier restera uni au chant grégorien, comme celui de
Dom Guéranger à la restauration de la liturgie romaine en France.
Ses travaux ont creusé le sillon dans lequel ses continuateurs devront
marcher sous peine de se jeter en dehors de la bonne voie. Le diocèse de
Saint-Dié est particulièrement fier d'avoir donné à
l'Ordre bénédictin un moine qui l'aura honoré par ses vertus
comme par ses travaux ». Le Révérendissime Dom
Maréchaux, Abbé Olivétain, écrit du Mesnil-Saint
Loup, le 11 décembre : « Je me rappelle à son sujet la
parole de Dom Guépin, Abbé de Silos : Voilà un homme qui,
dans sa modestie, est l'auteur de la révolution la plus heureuse et la
plus durable qui se soit produite dans l'Eglise ». – Dès
le 12 déc., Mgr Du Bois de la Villerabel, Archevêque de Rouen,
adressait au clergé et aux fidèles de son diocèse une
Lettre pastorale « pour leur faire part de la mort du
Révérendissime Père Dom Pothier » : « Saint-Wandrille
et ses ruines nous rappellent les temps amers où la France
égarée momentanément dans une politique
«abjecte» s'attirait le douloureux étonnement des nations
amies et réjouissait les peuples ennemis, en jetant sur les chemins de
l'exil les meilleurs de ses fils. La conscience nationale,
réveillée par la guerre de la justice et du droit s'émeut
aujourd'hui d'apprendre que l'admirable savant, l'artiste pieux qu'était
le Révérendissime Père Dom Pothier, Abbé de ce
monastère, est mort sur la terre étrangère et y
dormira son dernier sommeil ». - Dom Mocquereau, dans la Revue grégorienne,
évoquait la vie et l’œuvre de Dom Pothier : « Nous
avons à déplorer la perte du chef qui, pendant de longues
années, mena la bataille et nous conduisit finalement à la
victoire : le Rme Dom Joseph Pothier, Abbé de St-Wandrille, vient de
s'éteindre doucement à Conques, en Belgique, lieu de son exil,
à l'âge de 88 ans ! En témoignage de reconnaissance, nous
voudrions rappeler brièvement la part prépondérante et
décisive que le vénérable défunt eut dans les
travaux qui rendirent à l'Eglise l'antique mélodie de Saint
Grégoire. Il suffira, pour
faire son éloge, d'énumérer ses oeuvres, de rappeler
quelques unes des difficultés qu'il rencontra dans l'accomplissement de
sa tâche ; point n'est besoin de grandes phrases : Opera eorum sequuntur illos ».
Au mois de septembre 1936, des fêtes ont
commémoré, à Bouzemont (Lorraine), le centenaire de la
naissance de Dom Pothier (la date réelle du 07 décembre 1835-1935
n'ayant pu être retenue). Le dimanche 20 septembre, l'abbé Ferry,
curé de la paroisse, accueillait le successeur immédiat du Rme
Dom Pothier à Saint-Wandrille, l’Abbé
bénédictin Dom Pierdait, qui allait chanter, en la petite
église (la plus ancienne des Vosges) décorée avec
goût, une messe pontificale. Monseigneur Marmottin, évêque
de Saint-Dié, présidait au trône, entouré d'un
nombreux clergé qui avait pris place dans le chœur, dont
l'abbé Guillaume, maître de chapelle de la basilique Saint-Maurice
d'Epinal, disciple de Dom Pothier et animateur d'une schola
réputée. Dans l'église archicomble, une messe du plus pur
grégorien fut exécutée par les petits chanteurs de
l'Abbatiale de Remiremont et la schola du grand séminaire de
Saint-Dié. On solennisait la fête de Notre-Dame des Sept Douleurs.
Après le bel Offertoire Recordare,
admirablement interprété par les enfants de l'Abbatiale, le
groupe des séminaristes exécuta à la perfection le
magnifique motet de Vittoria O vos omnes, et un imposant choral de Bach à voix mixtes clôtura
la cérémonie. Après la messe, Mgr Marmottin bénit
la plaque de marbre commémorative apposée à la maison
natale de Dom Pothier : « Ici est né le 5 [en fait le 7]
décembre 1835 Dom Joseph Pothier, restaurateur du chant de
l’Eglise ».
(XML, 1999)
En 1962, soixante et un ans
après que Dom Pothier ait dû quitter son Abbaye normande, les
restes du Révérendissime Abbé ont été
transférés à Saint Wandrille, et inhumés dans
le cloître de l’Abbaye, aux pieds de la Vierge Notre Dame de
Fontenelle, dans le caveau où reposait déjà son successeur
Dom Pierdait.
Texte du nécrologe de
l’Abbaye Saint-Wandrille, à la date
anniversaire de la mort de Dom Joseph Pothier, le 08 décembre 1923 :
"A l'ancien prieuré de Conques
en Ardenne, décès du Révérendissime Père Dom
Joseph Pothier, premier Abbé régulier de Saint-Wandrille depuis
l'instauration de la Commende. Sous-prieur
de Solesmes pendant plus de vingt-six ans, dont près de onze sous Dom
Guéranger, Dom Pothier travailla avec son Abbé à la
restauration de la liturgie en France. Après qu'il eut
édité les livres de chant des monastères, il fut
appelé à Rome par le Pape Pie X, et se vit confier
l'édition vaticane des livres de chœur de la sainte Église
romaine. Entre temps, Dom
Pothier avait été nommé prieur de Ligugé, puis de
Saint-Wandrille. Peu après il devenait Abbé de notre
monastère, réalisant le nom de père plutôt que celui
de maître, et faisant toujours passer la miséricorde avant le
droit. En 1901, il dut prendre le chemin de l'exil avec ses fils et en 1912
fonder Saint-Benoît- du-Lac au Canada. Quelques années
après la première guerre mondiale, Dom Pothier s'endormait dans
le Seigneur; son corps inhumé d'abord à Saint-Maurice de
Clervaux, repose aujourd'hui aux pieds de Notre-Dame de Fontenelle (1)."
_____________________________________________________________________
(1)
La
vierge Notre-Dame de Fontenelle se trouve dans le cloître de l'Abbaye de
Saint-Wandrille de Fontenelle, à Saint Wandrille-Rançon (Seine
Maritime)
Références
« Dom Joseph Pothier, Abbé de Saint-Wandrille, et la restauration
du chant grégorien », Dom Lucien David, A.S.W.
XAVIER MAILLARD LUSTIG - 1999